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Histoire du Tango-2

publié le dimanche 17 avril 2016

Comprendre, raconter et partager le tango :
origines musicales, sociales et historiques du tango (2)

Dans le dernier article, nous en étions à l’évocation des premières traces écrites du tango que l’on doit notamment à Manuel O.Campoamor en 1899 qui composa El Sargento Cabral.

C’est peu après que la diffusion en Europe s’opère. En effet El Sargento Cabral sera enregistrée en 1907 et arrivera en France, ainsi que quelques thèmes comme La Moracha et El Choclo. Ces enregistrements marquent la fin de la musique traditionnelle anonyme issue des métissages complexes survenus en Amérique latine. Et c’est à Paris que se feront ces enregistrements.

En effet, Paris, qui bénéficie d’un prestige exceptionnel en Argentine et est considérée alors comme une des capitales culturelles les plus importantes du monde, jouera un rôle très important dans la diffusion, la transformation du tango, musique et danse.

Au début du XXe siècle, la toute récente technique d’enregistrement sur disques incite les magasins Gath et Chaves de Buenos Aires à développer la production de disques. La Firme envoie Alfredo Gobbi, surnommé le violon romantique du tango, et sa femme, la chanteuse chilienne Flora Rodriguez, accompagnés du musicien Angel Villoldo, à Paris pour enregistrer sur disque en 1907. Les époux Gobbi diffusèrent cette musique, professèrent des cours de tango, montèrent une maison d’édition et enregistrèrent cylindres et disques, perdus aujourd’hui, sauf celui de Sargento Cabral dont nous avons parlé précédemment, enregistré par la fanfare de la garde républicaine de Paris en 1907. Si les époux Gobbi furent très actifs durant les sept années que dura leur séjour à Paris, on considère généralement que le tango trouva d’autres voies de diffusion en France, notamment par des marins de la frégate argentine Sarmiento , qui laissèrent à Marseille des partitions imprimées de La Moracha et El Choclo par exemple.

En Argentine, le tango reviendra victorieux de Paris et même de Rome, puisque le pape ne l’a pas condamné. Le tango acquiert ainsi ses lettres de noblesse en devenant peu à peu un univers intégrant littérature, poésie, peinture, philosophie et en devenant une danse du voyage car la danse en tant que pratique corporelle et culturelle voyage dans le temps et l’espace. Voyages, d’un continent à un autre, des campagnes aux villes, des classes populaires à la bourgeoisie, cette danse devenant ainsi, elle aussi, le produit d’un métissage social et culturel.

Comme nous l’avons vu, le territoire du tango s’inscrit dans les métropoles du Rio de la Plata et de leurs agglomérations, car le tango, comme musique et danse, est avant tout une aventure citadine : Montevideo partage avec Buenos Aires la paternité du tango.

La première génération de musiciens nés sur ces territoires, comme Alfredo Gobbi, Francisco Canaro et Julio Sosa, est en général appelée Guarda Vieja, la vieille garde, ou génération 1910. D’ailleurs, après 1910, le tango fait son entrée dans les salons tant en Argentine qu’en Europe : l’Ermenonville à Buenos Aires, le Casino à Deauville, l’Hôtel de Savoy à Paris, le Thalia Theater à Berlin, le Gaiety Theater à Londres…..

Mais c’est l’année1911 qui est décisive : c’est cette année-là qui vit se structurer les orchestres et que furent gravés sur disque les premières orchestrations de tango. En 1911, le tango, en tant que danse, devient enfin danse de société alors qu’il était jusque-là confiné dans les arrière-cours des faubourgs ou les cafés glauques des banlieues.

Un musicien important,Vicente Greco, pose la même année ses propres canons de la pratique instrumentale du tango et écarte les instruments qu’il juge inadéquats, tels la lyre, la flûte, le rebec, la mandoline, fixe le type et le nombre d’instruments appropriés et nomme le tout orquesta tipica criolla. Et quand la Columbia décidera d’enregistrer des tangos qui soient vraiment des tangos, en 1911, elle pensera tout naturellement à Greco et son orchestre typique. Le premier tango orchestré dont le son ait été conservé est Rosendo. Nous sommes à l’époque du tango purement instrumental, sans texte. En 1911, le tango s’immisce subrepticement dans la société parisienne et, par l’intermédiaire de celle-ci, dans la société européenne tout entière.

Mais qu’en est-il de l’instrument fétiche du tango, le bandonéon ?
Nous verrons cela dans notre prochain article.
Sylvie Hoffenbach-Jallu

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