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Histoire du Tango-3

publié le vendredi 15 avril 2016

Comprendre, raconter et partager le tango :
origines musicales, sociales et historiques du tango - partie n°3

Dans le dernier article, nous nous interrogions à propos de l’instrument emblématique du tango, son apparition : où, quand, pourquoi ? Tout comme le saxophone, cet instrument trouve ses origines en Europe et non en Amérique, même si l’Amérique a fait sa notoriété.

C’est un artisan allemand, Carl Friedrich Uhlig, de Chemnitz, qui l’inventa vers 1842. Heinrich Band, dont le patronyme fut à l’origine du nom de l’instrument, commença à le commercialiser en 1852 en Rhénanie du Nord, en même temps que les premières partitions. Durant quelques années, le bandonéon remplaça l’orgue lors des offices dans les petits temples
protestants. Mais le bandonéon ne prit racine, ne se développa qu’au début du XXe siècle, sur les rives du Rio de la Plata.

Le bandonéon va devenir durant les premières années du XXe siècle, le compagnon irremplaçable des chanteurs de tango et non des orchestres. Au début, les bandonéonistes ouvraient et fermaient le soufflet comme un immense éventail et les arpèges montaient et descendaient. Puis, l’on découvre, en 1913, un bandonéoniste adolescent qui joue dans un café de Buenos Aires et adopte des postures et des sonorités toutes différentes avec un phrasé net, dépouillé, clair et expressif. C’est Pedro Maffia. Quelques années plus tard, en 1920, un autre bandonéoniste adolescent joue au café del Cerro à Montevideo. C’est Pedro Laurenz. Avec élégance, il projette de son bandonéon des sons d’une beauté et d’une vigueur jusqu’alors inconnues. En 1924, survient une coïncidence qui sera marquée d’une pierre blanche dans l’histoire du tango : Pedro Maffia et Pedro Laurenz, côte à côte, jouent du bandonéon dans l’orchestre de Julio de Caro. Il reste de cette rencontre quelques photographies et ces sonorités incomparables auxquelles ils parviennent en interprétant le tango Recuerdo, d’Oswaldo Pugliese, grand compositeur et musicien du tango.

Depuis la renommée de cet instrument n’est plus à faire et il est d’ailleurs devenu un des emblèmes du patrimoine argentin au même titre que la danse. D’ailleurs, concernant la danse, née dans ce contexte, elle s’inscrit dans le paysage des danses de couples qui se sont développées en ville seulement au XIXe siècle.

En effet, en France, même si Louis XIV fonde l’Académie royale de danse en 1661, celui-ci encourage et impose le développement de la belle danse. La codification du ballet de cour est élaborée et un édit royal interdit toutes représentations des danses folkloriques traditionnelles et régionales, l‘Église luttant contre les danses dîtes macabres et les carnavals depuis le XVe siècle.

C’est donc seulement au XIXe siècle que l’urbanisation génère une nouvelle forme de pratique populaire de la danse : la danse de couple dans les réceptions bourgeoises ou les bals publics des grandes villes. Il y a un lien historique fort entre l’apparition des danses de couples et l’urbanisation.

Dans le Paris du XIXe siècle, les guinguettes se multiplient et dans la seconde moitié du XIXe siècle, le développement de l’éclairage urbain fait que ces bals se tiennent désormais en soirée : le premier de ces bals étaient le bal Mabille. À la même époque, naît, sur les rives du Rio de la Plata, une danse de couple moderne, le tango argentin, lui aussi indissociable de la croissance urbaine. Avec la révolution des transports, ces danses se mettent aussi à voyager dans la mémoire corporelle des migrants. La valse des Italiens, mélangée au folklore des Argentins de la Pampa, donne naissance à la milonga, puis au tango argentin.

Le tango fait ensuite le chemin inverse et conquiert l’Europe au début du XXe siècle. Assagi, il devient très populaire dans l’entre-deux-guerres. Le Rio de la Plata a ainsi créé sa musique, sa danse, mais aussi son langage : le lunfardo. Étymologiquement, le lunfa c’est le voleur et le lunfar : voler. Par extension, c’est le langage que les taulards inventent pour que les matons et la police ne les comprennent pas. Se mélangent donc plusieurs parlers populaires : le cocoliche des italiens, le parler campagnard des gauchos, l’argot des voleurs, le verlan des jeunes collégiens ainsi que de nombreux termes d’argot d’origine française mêlés à du portugais, du germania (langage des voleurs en Espagne et aux Baléares), du calo des gitans, sans oublier quelques mots empruntés aux langues amérindiennes et aux esclaves noirs. Ce parler de la rue, ce langage lunfardo, s’intègre à la poésie populaire et à la littérature.

Dans les années quarante, le tango a atteint sa pleine maturité, musicale et chorégraphique. Il possède ses propres courants instrumentaux, ses poètes, ses chanteurs, ses compositeurs. Il ne lui manque que des conditions favorables pour remporter tous les suffrages populaires. Elles seront bientôt réunies.

Sylvie Hoffenbach-Jallu

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